GULISTAN

"Du Khorassan au Rajasthan,
des rives du lac d’Ourmia aux dunes ocres du désert du Thar,
du pays de Hafez au ciel de Mira Bai,
s’étire langoureusement un océan de poésie,
une vague de chants et de rythmes ..."


in "Rajasthan" Ed du Garde-Temps


Gulabi Sapera est connue en Inde
sous le nom d'artiste de
"GULABO"


 
 
 
DANSEUSE GITANE "KALBELIYA"DU RAJASTHAN

Au Rajasthan, dans le Nord-Ouest de l’Inde, les nomades sont nombreux qui sillonnent le désert du Thar ou campent à la lisière des grandes villes. Parmi eux, il y a les Gaduliya Lohars (forgerons et charrons), les Banjaras (à l’origine chargés du commerce du sel), les Kalbeliyas Saperas, qui charment les serpents et soignent leurs morsures, conformément à l’enseignement de leur maître Kanipav Nath. Gulabi fait partie de cette dernière communauté. Elle est celle qui a sans doute fait le plus pour la reconnaissance de ces castes dans son pays et à l’étranger, tout en étant en perpétuel conflit, dès son plus jeune âge, avec les règles trop rigides qui entravaient sa route. Elle est aujourd’hui renommée dans une grande partie du sous-continent ainsi que dans la diaspora comme la petite Gitane qui avait ébloui jusqu’à Rajiv Gandhi par sa danse évoquant le serpent (animal auquel elle s’identifie), sa virtuosité et l’énergie rythmique proche de la transe de ses improvisations chorégraphiques.
  photo: Christian berthelot
   


Son style ne doit pas plus au“Kathak ”, danse classique de l’Inde du Nord bien connue en Occident qu’aux danses popularisées par les comédies musicales de Bombay.
Il ne faudrait pas, sous prétexte que la culture d’où elle est issue provient d’un pays non occidental, appréhender son style chorégraphique comme un “folklore du monde” de plus (appellation d’ailleurs le plus souvent vide de sens). La danse sapera qu’on observe sur scène aujourd’hui doit beaucoup, dans sa forme actuelle, au vocabulaire chorégraphique qu’a développé Gulabi dans sa jeunesse.

  Gulabi vue par Bill Akwa Bétoté (Café de la Danse 2002)
   


On peut comparer ce phénomène, de manière globale, au style musical des Mânouches d’Europe de l’Ouest établi dans les années trente par un musicien inspiré et doté d’une forte personnalité, Django Reinhardt, sur la base d’une tradition préexistante, et en cristallisant les bouleversements musicaux de l’époque. Son jeu est devenu la référence instrumentale quasi “traditionnelle” d’un peuple et des amateurs gadje . De la même manière, Gulabi a créé un langage chorégraphique original issu à la fois de son génie propre et de la tradition, et a imposé dans le même temps, en brisant certains tabous sociaux, la représentation scénique de la danse kalbeliya . Son style est ainsi apparu comme le référent identitaire pour sa caste et le public indien ou international. Aujourd’hui, de jeunes danseuses comme Suwa Devi ou Shanti Sapera (entre autres) enrichissent ce vocabulaire de leur propre personnalité.

 
   


Et Gulabi, danseuse contemporaine renouvelant sans cesse son vocabulaire chorégraphique, a fait sensation au dernier Virasat Festival de Jaipur, en janvier 2004, lorsqu’elle a dansé sur la musique du trio de Thierry Robin, surprenant par ses audaces ses plus ardents admirateurs, très nombreux en Inde, en évoluant, innovation, sur des improvisations musicales non rythmées, développant un langage que les nombreux journalistes présents qualifiaient de “savant”.

  photo et peinture: Eric Roux-Fontaine
   
L’ENFANCE DE GULABI

“Quand j’étais toute petite, vers six mois, j’étais très attachée à mon père. Il était charmeur de serpent et partait tous les jours le montrer dans les rues.
A chaque fois qu’il s’en allait, je le suivais des yeux et me mettais à pleurer car je voulais le suivre. C’était la même chose chaque jour. Un soir, en rentrant, il me trouva avec énormément de fièvre. Il demanda pourquoi j’étais malade et maman lui répondit: “Elle t’a vu partir, elle a entendu le pungi que tu utilises pour charmer le serpent et n’a pas arrêté de pleurer depuis. C’est pour ça qu’elle est fiévreuse.”
“Mais comment une si petite enfant pourrait-elle venir avec moi? Elle doit rester à la maison afin que sa mère l’allaite, il n’est pas possible qu’elle me suive.” Il était très étonné de ma réaction. Puis il pensa: “Elle doit avoir un lien avec les sap (serpent) ”.
A partir de ce jour, il m’emmena avec lui et le serpent, chaque matin.
Il était malgré tout très surpris car un enfant de cet âge ne cesse de boire le lait maternel à toute heure de la journée. “Pourra-t-elle rester tout le jour sans boire?”
Le premier jour où j’allai avec mon père, le serpent était dans un panier et moi dans l’autre. Toute la journée, je me suis tenue près de lui, je regardais le serpent danser, je n’avais pas faim, je restai ainsi, avec un peu d’eau à boire qu’il me donnait. Chez nous, on n’imaginait pas donner à un enfant du lait autre que le lait maternel. Je passai la journée entière sans rien manger.
Ensuite, tous les jours, nous allions ensemble par les rues demander l’aumone et montrer la danse du serpent. J’étais heureuse. C’est alors qu’il commença à me donner un peu du lait destiné au serpent, que les villageois offraient. C’est la tradition d’offrir le lait au serpent après la danse et je buvais à même le bol avec le sap .
Dès le début, j’étais toujours en mouvement même si je ne savais pas encore marcher. Je bougeais en regardant le serpent. Je n’ai pas marché spécialement tôt, mais j’avais tellement d’énergie en moi que je dansais tout le temps. Dès que j’ai commencé à marcher, j’ai fait des mouvements de danse. Vers un an, je dansais autour du serpent, et parfois, je le prenais et le mettais autour de mon cou, l’enroulais autour de moi ou sur ma tête. Je tombais quelquefois, mais je me relevais aussitôt et continuais à danser.”
extrait du livre-CD "Gulabi Sapera, Danseuse gitane du Rajasthan" Ed Naïve/Actes Sud
  Titi et Gulabi (photo: Bill Akwa Bétoté)
   
TITI & GULABI VUS PAR LA PRESSE

« A personnage d’exception, disque exceptionnel "Rakhî". Gulabi Sapera compte parmi les femmes qui savent changer le monde : venue d’une très basse caste de gitans du Rajasthan, elle a bravé mille interdits pour devenir une des plus étonnantes danseuse de notre temps...
Thierry Robin a écrit des chansons superbes, des instrumentations d’une attentive pertinence. Un disque exemplaire dans le rapport de l’ancien et la novation, un très beau portrait d’artiste LE FIGARO

«On retrouve peut-être ce qu’il a fallu quelques centaines d’années pour défaire : un langage commun à des incarnations très différentes de l’âme gitane. Et cela transcende la géographie, l’histoire et même la fameuse loi du sang. Gulabi venue du lieu d’origine mythique des peuples gitans ; Thierry Robin, français "de souche". Il y a une telle cohérence dans l’entrain, l’enjouement, les mélancolies, la démonstrativité, la ferveur de ce disque que l’on se sent des remords à vouloir l’analyser, à en séparer l’oriental de l’occidental, la fusion consentie de la singularité irréductible, l’instinct de l’intention (...) une grâce habite ce disque qui le protège des laideurs contemporaines. »

CHOC Le Monde de la Musique pour l'album "RAKHI"

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Gulabi à quatorze ans en famille au campement

 
   


"...Avec une incroyable persévérance, elle a bravé les lois du clan qui interdisent aux femmes de danser publiquement. Elle a gagné une reconnaissance nationale, puis internationale depuis sa rencontre avec l’Angevin “Titi” Robin. Ce vagabond des étoiles à l’inspiration délicieusement féconde sur guitare, oud et saz, l’a entraînée dans l’aventure de “Gitans”, disque et spectacle. Il a transcrit son histoire dans un superbe livre, “Gulabi Sapera, danseuse gitane du Rajasthan”. Ce disque, où elle chante, est l’aboutissement de dix ans de confiance artistique mutuelle. Une splendeur !"
François Bensignor

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couverture de la première video sur Gulabi (New Delhi 1991)

  photo Eric Roux-Fontaine
   
TITI ET GULABI vus par le photographe Louis Vincent

"Salam"
  (Louis Vincent)
   


"extrait de l'affiche de JIVULA"
  (Louis Vincent)
   


spectacle "en famille"
  (Louis Vincent)
   


extrait d'un projet d'affiche
  (Louis Vincent)
   
Payo Michto

couverture du disque (détail)
  (photo: F. Carnevali)
   
Article en Inde (Jaipur- 2006)

   
   


Gulabi et Titi ont interrompu leur collaboration artistique depuis 2007.

  photo Louis Vincent décembre 2007
   



 
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